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Articles sur Montherlant (hors presse)

170. Comment j’ai découvert Montherlant, par M d’O

M d’O est un étudiant français âgé de 19 ans, en khâgne, (études préparatoires aux Grandes Ecoles), qui a envoyé au site www.montherlant.be un texte émouvant au sujet de sa découverte de l’œuvre d’Henry de Montherlant.

L’année 2022 est l’année du 50ème anniversaire de la mort de Montherlant le 21 septembre 1972.

Je suis certain que ce texte si Montherlant avait pu le lire, l’aurait touché. Que nos esprits et nos cœurs se rassemblent dans le souvenir de ce génie de qui l’œuvre est un trésor de la langue française.

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“J’ai découvert Montherlant là où il fallait que je le découvre : à treize ans, il y a quelques années, dans un pensionnat de garçons du centre de la France. C’est certainement un des derniers établissements de ce genre, que j’ai eu la chance de fréquenter, et qui vit naître mon amour inconditionnel pour la littérature.

Il y avait au rez-de-chaussée de cette grande maison une vaste bibliothèque où les élèves pouvaient aller pour se documenter et lire les ouvrages nécessaires à leur érudition comme à leur distraction. Au fond d’une des pièces, une grande étagère encastrée dans le mur, consacrée uniquement à la littérature française. Inutile de dire que c’est sur elle que je jetais, dès la classe de sixième, mon dévolu ardent. Durant les heures du midi comme durant celles du soir, je m’y adossais pour lire Maupassant, Zola, Hugo, Rousseau et Voltaire.

Il y avait un livre qui se trouvait rangé un peu plus haut que ma tête (je n’ai jamais été très grand) qui m’avait attiré l’œil, si ce n’était le cœur. Son titre, délicatement étalé sur la tranche, imprimé en italique bleu : La ville dont le prince est un enfant. Une formule qu’il me semblait avoir déjà entendue mille fois, comme un refrain d’habitude. Je n’avais pourtant jamais croisé cet ouvrage qui raisonnait en moi si familièrement.

Après être passé plusieurs fois, indécis, devant le fameux livre, je me décidais timidement à en tirer la tranche pour en dévoiler la couverture. C’était une édition de poche avec une photographie en noir et blanc, où l’on voyait un garçon de mon âge face au bureau et au visage sévère d’un prêtre (j’apprenais ensuite qu’il s’agissait de la photographie d’une des représentations de la pièce, des années 50). De l’autre côté, rien, pas même un résumé qui aurait pu m’indiquer si ce livre méritait réellement toute l’attention presque mystique que je lui portais : j’avais développé pour le nom de l’auteur, Henry de Montherlant, un certain Amour fasciné de l’inconnu familier ; c’était un nom élégant et noble que j’aurai bien choisi comme pseudonyme pour le grand livre que je rêvais d’écrire depuis tout petit.

Un jour de septembre, n’y tenant plus du tout, j’extirpais à l’abri des regards le livre de son rayonnage pour le dissimuler sous mon pull, contre mon ventre. Je me suis bien gardé d’en signaler l’emprunt puisque je pressentais qu’il ne s’agissait pas là d’un ouvrage comme les autres (trop haut placé pour les mains collégiennes). Je n’en parlais à personne, et une fois au dortoir, par-dessus une bande dessinée inintéressante et bête, je lisais les premières pages : il s’agissait d’une pièce de théâtre (contrairement au roman que j’avais imaginé) narrant l’histoire belle, tragique et grave, de l’Amour unissant le jeune Serge Souplier et son camarade de seize ans, André Sevrais.

Le style flamboyant et élaboré de l’ouvrage m’impressionna par sa grande clarté, de même que l’intemporalité et l’évidence des propos comme des sentiments. Le titre du premier acte me frappa de sa beauté et je me répétais mille fois : plus haut que la plus haute étoile. Il est devenu une sorte de maxime pour moi, dans ma recherche de grandeur, de vraie brillance ; et semblait résumer à lui seul mon caractère, comme il résumait celui de la pièce. Mon cœur à ces mots avait bien senti qu’il s’agissait là d’une des premières grandes œuvres formatrices de mon être et de ma vie – La ville dont le prince est un enfant exaltait mon esprit, mes passions, et mon intelligence, au point que je désirais moi aussi, toujours plus fort au fil des relectures, aller plus haut que la plus haute étoile.

Un jour j’atteindrai l’étoile.”

M d’O., juillet 2022